Les relations entre la Kabylie et le pouvoir central d’Alger sont historiquement complexes et marquées par de vives tensions. Depuis l’indépendance de l’Algérie en 1962, la Kabylie s’est souvent imposée comme le bastion de l’opposition démocratique, de la laïcité et de la revendication identitaire amazighe face à la politique d’arabisation et d’islamisation de l’État.
Les critiques et les rapports d’organisations de défense des droits humains mettent régulièrement en lumière plusieurs types de pratiques et de politiques du régime algérien perçues comme ciblées contre la région ou ses militants.
Le Printemps noir (2001) : À la suite de la mort du jeune Massinissa Guermah dans une gendarmerie, d’immenses émeutes ont éclaté en Kabylie. La répression policière et de la gendarmerie a fait plus de 120 morts et des milliers de blessés, marquant profondément la mémoire collective locale.
Criminalisation de l’activisme kabyle : Depuis 2021, le pouvoir algérien a classé le MAK (Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie) comme « organisation terroriste ». Cette qualification est régulièrement utilisée par le régime pour justifier des vagues d’arrestations de militants, d’artistes ou de simples citoyens accusés de menacer « l’unité nationale » ou de complicité avec l’étranger.
Utilisation de l’article 87 bis : Cet article du code pénal algérien, redéfini pour élargir la notion de terrorisme, sert fréquemment de base juridique pour poursuivre et emprisonner des opposants politiques kabyles.
Procès de masse et condamnations : Amnesty International et d’autres ONG ont dénoncé des procès iniques et des condamnations à mort ou de lourdes peines de prison collectives (notamment après le lynchage tragique de Djamel Bensmaïl en 2021 dans un contexte d’incendies dévastateurs en Kabylie, un drame dont le pouvoir a attribué la responsabilité au MAK).
Pression sur les journalistes et intellectuels : Toute couverture médiatique ou recherche jugée trop proche des thèses autonomistes ou critiquant la politique régionale du gouvernement fait l’objet d’une censure stricte et de poursuites judiciaires.
Sous-investissement chronique : Les acteurs locaux dénoncent régulièrement un abandon économique délibéré de la région. Le manque d’infrastructures d’envergure et le blocage de projets industriels ou touristiques sont perçus comme une volonté punitive visant à maintenir la Kabylie dans une précarité économique pour limiter sa capacité d’émancipation.
Entraves administratives : Les associations culturelles, les entreprises locales et les initiatives citoyennes d’entraide (très fortes dans les villages kabyles via le système traditionnel de Tajmaât) font face à un contrôle administratif oppressant de la part des walis (préfets) nommés par Alger.
Stigmatisation médiatique : Les médias officiels et les relais du régime ont parfois alimenté des discours stigmatisants, associant la Kabylie à la trahison nationale (en utilisant des termes comme « les Zouaves » ou « la main de l’étranger » / Hizb Fransa) pour isoler la région du reste de la population algérienne et briser les élans de solidarité nationale, notamment observés durant le mouvement populaire du Hirak.
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